
Fichier unique : l’UMP continue de stigmatiser les plus démunis FICHAGE.
Pourquoi s’attaquer aux gros poissons quand il est si facile de prendre pour cible les petits ? Alors que les bourses mondiales ont retenu leur souffle à l’ouverture des marchés en ce lundi 8 août, suite à l’abaissement de la note des États-Unis vendredi dernier, voilà que Xavier Bertrand, ministre du Travail et de la Santé, annonce la veille la création d’un "fichier unique des allocataires sociaux avant la fin de l’année", afin de "renforcer la lutte contre des fraudes sociales".
Xavier Bertrand à l’Assemblée nationale, le 28/06/2011 (AFP)
On traque les petits, on néglige les gros
Ils n’en ont pas marre à l’UMP de toujours prendre les mêmes pour cible ? Après ces fraudeurs fainéants qui touchent le RSA à qui on demande d’effectuer du travail d’intérêt général pour peanuts, on s’en prend aux allocataires de toute sorte qui sont – de fait – des personnes mal intentionnées. De toute façon, ne dit-on pas que l’homme est mauvais par nature ?
Perso, dans la case des grands fraudeurs de notre siècle, j’aurais plutôt tendance à viser les entreprises du CAC 40. Par exemple, il me vient l’envie soudaine de taper sur le dos de Total qui, après avoir échappé à l’impôt sur les bénéfices, ne paiera tout simplement pas d’impôts en France pour l’exercice de l’année 2010. Ou comment graisser la patte de nos entreprises françaises, pendant qu’on écrase les citoyens qui essayent de se relever de la crise.
Christophe de Margerie, patron de Total, le 11/02/2011 (AFP)
Réorganiser, pas stigmatiser
L’idée même de la création d’un fichier unique n’est pas choquante. Il serait temps que les différentes aides soient recensées sur un réseau unique pour accroitre l’efficacité du système. Ce qui pose problème, c’est la raison sous-jacente à ce fichier. Il ne s’agit pas de centraliser les prestations afin de faciliter la gestion des dossiers, la rapidité de traitement ou bien encore la simplification du travail des fonctionnaires de Pôle Emploi ou de la Sécurité Sociale : non, il est simplement question de traquer la fraude. Cette petite vipère qui ose se faufiler partout et qui gangrène le système de l’intérieur.
L’idée, d’abord proposée par Thierry Mariani, secrétaire d’État chargé des Transports, a donc été reprise par Xavier Bertrand qui a affirmé à l’AFP que "la création d’un répertoire unique des allocataires sociaux, que l’on peut croiser avec les fichiers existants (au niveau départemental par exemple) est la meilleure façon de renforcer la lutte contre les fraudes sociales. On saura exactement qui touche quoi. On pourra éviter les doublons et on s’apercevra des incohérences de versement."
Homo homini lupus est
Alors vous, méchant fraudeur qui osez vivre sur le dos de cette douce France, prenez garde, désormais on appliquera la tolérance zéro sur les indemnités d’arrêt maladie, les allocations familiales, le RSA. Même quand l’erreur vient de l’organisme ? Pas si sûr ! Vous ne pourrez pas échapper aux mailles du filet, c’est fini cette belle époque où vous vous en mettiez plein les poches sur le dos de l’État. Permettez-moi simplement de rappeler le montant moyen d’un RSA qui est de 410 euros par mois, quand Total encaisse 131 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2009 !
Allons bon, à quelques mois des présidentielles, l’UMP s’obstine à stigmatiser les couches les plus en détresse de notre société. De là à en faire un sujet de campagne, il n’y a qu’un pas. Je sens l’amalgame : "Pauvre = allocataire = fainéant = fraudeur = suceur de mœlle des richesses de la France = voleur." Une tirade toute tracée pour monter les classes moyennes qui touchent le SMIC contre ces tourneurs de pouce professionnels. Pour l’instant, c’est l’UMP qui mène, mais je suis sûre que le Front national va rattraper son retard, et qu’on sera à un tie-break au premier tour.
Un fichier pour traquer les stages abusifs ? Chiche !
Une suggestion soulevée par Ophélie Latil, du collectif Génération Précaire, est des plus pertinentes à mon sens. Tant qu’à jouer la carte de l’anti-fraude, pourquoi MM. Bertrand et Mariani ne se mettraient-ils pas d’accord pour annoncer la mise en place d’un fichier unique des stagiaires en France (soit près de deux millions de jeunes qui ne cotisent pas, mais qui aimeraient bien cotiser, ça c’est certain) en parallèle d’un fichier unique des entreprises "stagiophages" ?
Thierry Mariani à Orly, le 13 juillet 2011 - ALEXANDER KLEIN / AFP
Que cela soit dans le cas des aides sociales ou des entreprises peu scrupuleuses, il s’agit dans les deux cas d’abus ! Le collectif Génération précaire propose donc au ministre du Travail de se pencher sur la question des stages abusifs (lire : emplois déguisés), et de se montrer tout aussi exigeant afin que le droit soit respecté.
Par ailleurs, en mars dernier, le collectif avait rencontré M. Bertrand afin de l’inciter à la création d’une agence du stage, qui regrouperait les informations sur les organismes de formation habilités à délivrer des conventions, les stagiaires et les entreprises. Il avait aussi évoqué l’application de sanctions financières immédiates (sous forme d’amendes) en cas de constat d’abus de ces mêmes entreprises.
L’appel est lancé ! Nous attendons donc une réponse du ministre du Travail. Servi sur un plateau d’argent, voilà un sujet de campagne présidentielle qui pourrait gauchiser un peu plus la droite, et leur permettre de grappiller quelques votes du camp opposé. Exercice qui ne devrait pas être trop difficile, on est même sûrs qu’ils en sont capables, vu que Sarkozy a déjà montré l’exemple par le passé, tout du moins dans ses discours.
Par Héla Khamarou- http://leplus.nouvelobs.com/contrib...